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Il a été décidé, lors du
séminaire gouvernemental
réuni par le Premier
ministre François Fillon
lundi 8 février pour «
tirer les premières
conclusions du débat sur
l’identité nationale »,
de confier désormais ce
débat à une « commission
de personnalités ».
Disons-le clairement :
c’est là, à notre sens,
un aveu d’échec à peine
déguisé de l’initiative
lancée par Éric Besson.
Et contrairement à ce
que l’on serait tenté de
croire, la reculade ne
porte pas seulement sur
la forme. Si l’on admet
qu’un débat est public
ou n’est pas un débat,
l’on conviendrait ici,
en effet, que c’est bien
son opportunité même que
l’on semble revoir à la
baisse.
L’opposition ayant
unanimement demandé le
retrait de ce débat,
ainsi que nombre de voix
dans la majorité et dans
l’opinion, cette «
commission de
personnalités
» a tout l’air, donc,
d’un candide subterfuge
à l’effet de calmer le
jeu sans trop paraître
plier l’échine. |

Mohammed CHOUAKI
Directeur de la publication |
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Les autres mesures
annoncées (lire page 11)
corroborent encore plus
cette impression que
donne le gouvernement de
vouloir au moins
commencer à chercher une
sortie honorable.
Relevant toutes, ou peu
s’en faut, de
l’instruction civique
pure et simple plutôt
que d’une quelconque
ébauche de définition
spéciale de l’identité,
ces mesures auraient pu
aussi bien être
concoctées dans le
silence et le calme
feutré d’un bureau de
ministère.
Pour parler juste,
avait-on vraiment besoin
de remuer tant de noires
passions pour imaginer,
par exemple, qu’« À
l’école, la Déclaration
des droits de l’homme et
du citoyen devra être
affichée dans chaque
classe et le drapeau
tricolore devra être
effectivement apposé sur
chaque établissement »
ou encore que « Les
élèves seront munis d’un
‘‘carnet de jeune
citoyen’’ et leur
apprentissage de
l’éducation civique sera
renforcé, avec la mise
en exergue des
‘‘références partagées
de notre histoire’’ » ?
À l’issue de ce
séminaire, qui a bouclé
l’affaire en quelques
petites heures qui n’ont
pas dû être trop
épuisantes puisqu’en
réalité il n’a fait que
reprendre des mesures
proposées pour
l’essentiel par Éric
Besson, l’on apprend
enfin que Nicolas
Sarkozy s’exprimera sur
le sujet en avril. La
grande nouvelle ! À
moins que le chef de
l’État ne fasse en sorte
que le massacre cesse,
gageons qu’il
n’apportera pas une
meilleure définition de
l’identité que celle
formulée par Jamel
Debouzz, au tout début
de ce débat, en réponse
à la question de savoir
s’il se sentait plus
marocain ou français : «
Je ne peux pas choisir
entre Papa et Maman »,
répondait alors
l’humoriste.
Dans son essai «
Identités meurtrières »,
paru il y a une dizaine
d’années, l’écrivain
franco-libanais Amin
Maalouf ne disait pas
moins, en notant : «
Depuis que j’ai quitté
le Liban pour
m’installer en France,
que de fois m’a-t-on
demandé, avec les
meilleures intentions du
monde, si je me sentais
‘‘plutôt français’’ ou
‘‘plutôt libanais’’. Je
réponds invariablement :
‘‘L’un et l’autre !’’
Non par quelque souci
d’équilibre ou d’équité,
mais parce qu’en
répondant différemment,
je mentirais. Ce qui
fait que je suis
moi-même et pas un
autre, c’est que je suis
ainsi à la lisière de
deux pays, (...) » Le
Goncourt 1993 pour « Le
Rocher de Tanios »,
écrivait aussi : «
L’identité n’est pas
donnée une fois pour
toutes, elle se
construit et se
transforme tout au long
de l’existence ».
Et le rapprochement
entre les propos des
deux artistes ne
s’arrête pas là… À dix
ans d’intervalle,
l’humoriste et
l’écrivain, de cultures
d’origine différentes,
voient, au travers de la
question identitaire
quand elle est biaisée,
exactement le même
risque.
Jamel Debouzz, invité,
le 26 janvier sur France
Inter, à donner son avis
sur le débat lancé par
Éric Besson, ne s’est
pas senti tenu de
tourner sept fois la
langue dans la bouche
pour dire : « Pointer
quels sont les bons
Français, les mauvais
Français, ça me dégoûte.
La France a aussi un
nouveau visage et il
ressemble étrangement au
mien et il faut que ça
rentre dans les cerveaux
(…) C’est dangereux,
c’est électoraliste et
c’est stérile comme
débat ». Et pour Amin
Maalouf : « C’est notre
regard qui enferme
souvent les autres dans
leurs plus étroites
appartenances, et c’est
notre regard aussi qui
peut les libérer ». Une
manière très courtoise
de dire que la
stigmatisation de
l’Autre n’est assurément
pas le meilleur moyen de
l’intégrer.
À quoi rime alors le
fait qu’à moins d’une
année avant les
Régionales, on nous
sort, coup sur coup, de
derrière les fagots,
d’abord la question du
port du voile intégrale,
ensuite cette prétention
de vouloir, en
paraphrasant le recteur
de la mosquée de Lille
Sud (lire page 7 à 11),
conjuguer au présent,
voire à l’impératif,
quelque chose qui ne
saurait l’être qu’au
futur ? Pour Mohammed
Moussaoui, président du
Conseil français du
culte musulman, la
réponse ne fait pas le
moindre doute : l’on
assiste, écrit-il dans
une récente tribune dans
Le Monde, à « une
instrumentalisation
politique de la religion
musulmane, présentée par
certains comme une
menace pour la cohésion
nationale et le vivre
ensemble ».
L’on ajoutera pour notre
part qu’il pourrait être
aussi vraisemblable que
les soi-disant
dérapages, qui n’ont
jamais autant foisonné
chez les hommes
politiques de droite
qu’à l’occasion des
polémiques sur la burqa
et l’identité, procèdent
exactement de la même
stratégie : rallier les
derniers hésitants
frontistes, non plus
seulement par le
discours et le
programme, mais en usant
cette fois de blagues
tendancieuses et de
fausses saillies pour
leur paraître encore
humainement plus
proches, dans leur
humaine bêtise. |