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Contents d’avoir sauvé
les banques de la
faillite depuis
l’effondrement de Lehman
Brothers et l’effet
dominos qui s’en est
suivi à travers le monde
dans le courant de
l’année 2008, c’est à
peine si les politiques
ne clamèrent pas que la
crise était déjà
dernière nous. La
banqueroute grecque,
compte tenu des enjeux
qu’elle impliquait pour
l’Europe, a fini par
démentir ce début
d’euphorie. Le nouveau
casse-tête était que,
dans l’intérêt même de
l’Europe, il fallait
sauver la Grèce. La
solidarité européenne
n’étant donc pas
absolument
désintéressée, le
sauvetage n’allait pas
être inconditionnel. La
condition ici est
qu’Athènes, en
contrepartie d’un
programme de soutien de
110 milliards sur trois
ans, doive se soumettre
à un plan d’austérité à
nul autre pareil. Ce
serait, laisse-t-on
entendre, le prix à
payer pour les
inconséquences de
gestion relevant de la
responsabilité des
précédents gouvernements
de ce pays. Et comme les
gouvernements passent et
les peuples demeurent,
il n’est pas besoin
d’être malin pour
deviner à qui il revient
de payer la facture.
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Mohammed CHOUAKI
Directeur de la publication |
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Laquelle facture prévoit
– qui plus est, dans un
pays où le pouvoir
d’achat est déjà loin
d’être fameux – des
baisses drastiques de
salaires et des hausses
de taxes frappant de
plein fouet la classe
moyenne. Le Parlement,
faute d’alternative, a
bien avalé la pilule,
mais pas la rue, où les
violentes protestations
contre ne semblent pas
près de cesser,
indiquant que la
tragédie grecque est
encore loin de connaître
son dénouement.
Et sans doute faut-il
entendre cette tragédie
grecque au propre comme
au figuré, à considérer,
au passage, cet étrange
clin d’oeil du hasard
qui fait que l’Europe, à
l’âme pétrie de la
culture helléniste,
n’allait pas s’en sortir
du casse-tête grec
complètement indemne.
L’entente sur l’aide
financière au
gouvernement de Georges
Papandréou à peine
conclue, du reste non
sans difficultés,
Bruxelles, comme se
prenant le pied dans le
tapis, s’est trouvée
aussitôt confrontée à la
menace d’un krach
général. Les places
boursières prises de
panique parce que ne
voyant plus en ce pays
qu’un futur tonneau des
danaïdes dangereusement
préjudiciable aux fonds
spéculatifs, l’Europe,
pour protéger toute la
zone euro ce coup-ci, se
devait de mettre encore
une fois la main à la
poche : 750 milliards,
soit un budget
équivalent à celui
consenti par les
États-Unis pour sauver
leur propre système
financier. Et pour
rassurer… qui ? Encore
une fois, la haute
finance.
Le constat est là : au
grand dam de tous les G8
et 20 qui ont appelé à
une moralisation du
système bancaire et
procédé à des colmatages
urgents par des mesures
de régulation et de
contrôle, c’est bien un
retour à la case départ
qui s’est produit, quand
même il ne dit pas son
nom, laissant prévoir
qu’en réalité la
tourmente ne ferait
peut-être que commencer.
Et pour cause. D’une
part, cet effort sans
précédent fait par la
Banque centrale
européenne en lançant
ses opérations de rachat
d’obligations d’États
n’a pas empêché, après
une fugace éclaircie d’à
peine quelques heures,
la dégringolade continue
de l’euro, descendu à la
mi-mai jusqu’à 1,23
dollar sans qu’aucun
signe sérieux de reprise
ou d’apaisement ne se
manifeste. D’autre part,
il serait question
aujourd’hui, ni plus ni
moins, d’un droit de
regard de Bruxelles sur
les équilibres
budgétaires des États.
C’est ce que le
président de la
Commission José Manuel
Barroso a dit en termes
clairs, au risque
d’offenser les
susceptibilités
nationales, et que
Jean-Claude Trichet a
souligné à son tour, en
termes politiquement
corrects, en réaffirmant
la nécessité d’un
contrôle renforcé de la
politique financière et
économique dans les 16
pays de la zone euro.
Et pour expliquer qu’il
est « absolument crucial
» que les gouvernements
européens atteignent
leurs objectifs fiscaux
malgré le plan de
sauvetage historique
décidé dans la nuit du
dimanche 9 au lundi 10
mai, les propos du
président de la BCE sont
loin d’être rassurants.
« Il n’y a aucun doute
que l’économie se trouve
dans la situation la
plus difficile depuis la
Seconde Guerre mondiale,
voire depuis la Première
», a-t-il soutenu, avant
d’ajouter, non sans
établir – on y revient –
un lien direct entre
cette crise récente et
la chute de Lehman
Brothers il y a deux ans
: « Nous avons vécu et
vivons des moments
vraiment dramatiques».
L’usage insistant du
présent indicatif ne
souffrant aucune
équivoque, force est
d’en conclure
qu’effectivement, face à
des marchés financiers
qui ne fonctionnent plus
quoi que l’on fasse pour
apaiser leurs appétits
spéculatifs, le monde
économique n’a pas fini
de déchanter.
D’autant que l’équation
aujourd’hui ne se pose
pas dans les mêmes
termes qu’en 2008. Alors
qu’il avait suffi de
prises de parts massives
dans les capitaux des
banques pour éviter,
momentanément,
l’effondrement de tout
le système financier
mondial, les États ne
semblent avoir
aujourd’hui d’autre
ressource pour y
parvenir que la promesse
de tout faire pour
réduire leurs déficits.
D’où sans doute, entre
autres déclarations
plutôt sceptiques, celle
de l’Allemand Günther
Öttinger, commissaire
européen à l’Énergie,
pour résumer
parfaitement la
problématique présente
et à venir : « Nous
avons gagné du temps
avec les décisions de
ces derniers jours mais
nous n’avons pas encore
décidé de l’issue de la
bataille ». C’est qu’il
n’est pas sûr que,
primo, la spontanéité
des marchés s’accommode
miraculeusement d’un
hypothétique objectif
qui ne peut être visé
qu’à long terme, et que,
secundo, les plans
d’extrême rigueur qui
s’annoncent ici et là,
et dont on sait qui en
supportera les frais, ne
conduisent pas à des
situations qui feraient
écho à la gronde
d’Athènes et de
Salonique. |