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L’un des plus grands poètes arabes est parti. C’est une
perte cruelle pour la culture universelle, pour tous les
résistants du monde. Mahmoud Darwich est mort, samedi 9 août
2008, dans un hôpital américain où il avait subi une
intervention chirurgicale.
Le poète avait déjà subi deux opérations du coeur en 1984
et 1998. Après sa seconde opération, il avait écrit un poème
intitulé: "Mort, je t'ai vaincue".
Mahmoud Darwich est né en 1941 à Al-Birweh, alors en
Palestine sous mandat britannique et aujourd'hui dans l'Etat
d'Israël.
Lors de la guerre israélo-arabe de 1948, ce village est
rasé et ses habitants sont forcés à l'exil. La famille
Darwich s'enfuit au Liban, où elle restera un an, avant de
rentrer clandestinement en Israël où elle s'installe dans la
localité de Deir Al-Assada, avec un statut précaire.
Après ses études (en arabe et hébreu) dans des écoles
arabes israéliennes, Darwich s'installe à Haïfa, le grand
port du nord d'Israël, où vit une importante communauté
arabe. Début des années 1970, il choisit l'exil. Il part
pour Moscou étudier l'économie politique puis se rend au
Caire en 1971.
A Beyrouth, en 1973, il travaille comme rédacteur en chef
au Centre de recherche palestinien de l'Organisation de
libération de la Palestine (OLP) rejoignant l'organisation
alors en guerre avec Israël.
Après la guerre israélienne au Liban durant l'été 1982, qui
a forcé la direction de l'OLP à trouver refuge à Tunis,
Darwich reprend la route de l'exil: Le Caire, Tunis puis
Paris. En 1993, il démissionne de l'OLP pour protester
contre les accords d'Oslo, estimant qu'ils n'apporteront pas
une "paix juste" pour les Palestiniens.
Le poète se rend en 1995 dans la bande de Gaza après
l'avènement de l'Autorité palestinienne, avant de
s'installer à Ramallah, en Cisjordanie.
En mai 1996, il est autorisé à fouler le sol d'Israël pour
la première fois depuis son exil afin d'assister aux
funérailles de l'écrivain arabe israélien Emile Habibi.
Le poète critiquait la "mentalité israélienne de ghetto" et
la politique israélienne qui empêche la création d'un Etat
palestinien viable.
Au festival des musiques du monde à Arles (sud-est) en
juillet dernier, il confiait préférer les thèmes universels
de l'amour, la vie, la mort à ceux purement politiques de
ses débuts et vouloir être lu "comme un poète", "pas comme
une cause".
Le poète qui a visité de nombreuses fois l’Algérie était
souvent lucide et ne se faisait pas beaucoup d’illusions sur
le monde contenporain.
« Arabes et musulmans, confrontés à un "despotisme
universel" américain et à des despotes locaux, ne savent
plus où ils se situent. De plus, la richesse s'étale sur
tous les écrans, qu'ils comparent à leur misère. Ils ont le
sentiment d'être poussés hors de l'Histoire. Résultat : ils
se rétractent sur leurs constantes historiques — une
attitude par définition passéiste. Ces blessures se
gangrènent. Or les repères sont perdus. Nationalisme et
tiers-mondisme, socialisme et communisme ont tous failli. Il
ne reste pas même la prééminence du droit, puisque dans leur
zone le droit international n'a pas cours. Israël s'y
soustrait depuis si longtemps sans que rien ne se passe. »,
disait-il, en 2006, au journal français le Monde. « Le
présent nous étouffe et déchire les identités. C'est
pourquoi je ne trouverai mon moi véritable que demain,
lorsque je pourrai dire et écrire autre chose. L'identité
n'est pas un héritage, mais une création. Elle nous crée,
et nous la créons constamment. Et nous ne la connaîtrons que
demain. Mon identité est plurielle, diverse. Aujourd'hui, je
suis absent, demain je serai présent. J'essaie d'élever
l'espoir comme on élève un enfant. Pour être ce que je veux,
et non ce que l'on veut que je sois. », ajoutait Mahmoud
Darwich.
Le poète est parti mais ses écrits resteront éternellement.
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