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LYON, "Elle est enceinte
de six mois? Et elle n'a
jamais vu de médecin?",
interroge d'une voix
douce la sage-femme
bénévole de
l'ONG Médecins du monde,
qui accueille à Lyon les
femmes enceintes sans
papiers.
Rodica a vingt ans et
déjà un garçon de trois
ans, né en Roumanie.
Elle ne
parle pas français et
habite dans un campement
rom de la ville.
Elle voudrait voir "le
téléviseur", explique
son mari, leur fils aux
cheveux hirsutes sur les
genoux, dans le cabinet
de consultations de
l'ONG.
"Les échographies, on ne
peut pas les faire ici",
décrypte la sage-femme,
Myriam Chopin. Des
gynécologues "amis" de
l'ONG les réalisent
bénévolement.
Elle indique néanmoins
aussi au jeune couple la
Permanence d'accès aux
soins de santé (PASS) la
plus proche, située dans
un hôpital du
centre-ville,
où Rodica peut
bénéficier d'un suivi de
grossesse gratuit.
Comme elle, plus de 200
femmes, la plupart sans
papiers, viennent chaque
année aux consultations
de gynécologie proposées
à Lyon par Médecins du
Monde,
qui a 22 centres de
soins, y compris
généralistes, dans
l'Hexagone.
"On n'a pas les moyens
de faire le même suivi
qu'à l'hôpital.
On peut faire
des prises de sang, mais
sans tester la
toxoplasmose par
exemple", alors que
les analyses sont
effectuées gratuitement
par des laboratoires
lyonnais,
explique Marion Garcin,
une autre sage-femme.
"Si demain nous étions
en mesure de ralentir
l'activité de notre
centre
jusqu'à le fermer, ce
serait le signe que le
système (de prise en
charge
gratuite dans les
hôpitaux) fonctionne",
ajoute Aurélie Neveu,
coordinatrice
de la mission lyonnaise
de Médecins du monde.
En recevant les femmes
enceintes en situation
irrégulière, l'ONG joue
en
effet un rôle de
"soupape", alors que les
hôpitaux publics sont
"saturés",
reconnaît Bruno Barral,
des Hospices civils de
Lyon, dont les
maternités ne
peuvent suivre les
femmes qu'au septième
mois de grossesse.
Isabelle Schlienger,
médecin de la PASS,
salue aussi le relais
assuré par
l'ONG auprès de ces
femmes en situation de
grande précarité, qui
sont
rassurées par cette
petite structure, loin
de l'anonymat des
centres
hospitaliers.
"Médecins du monde fait
aussi de
l'accompagnement social.
Car derrière la
grossesse, ce sont des
femmes qui ont des
difficultés, notamment
de logement",
explique la praticienne
qui reçoit de nombreuses
femmes enceintes
orientées
vers son service par
l'ONG.
A Médecins du monde,
deux assistants sociaux
aident les patients à
constituer leurs
dossiers administratifs,
des bénévoles se rendent
dans les
squats pour y parler
entre autres de
contraception ou
accompagnent les
patients à leurs
rendez-vous à l'hôpital.
Alors que Rodica repart
avec un "carnet de suivi
de grossesse" qu'elle
pourra présenter à la
maternité, d'autres
femmes attendent dans la
salle
d'attente du centre,
décorée de posters du
Réseau éducation sans
frontières et
disposant de jouets pour
enfants.
Parmi elles, des femmes
d'horizons divers:
Juliana, Béninoise
arrivée en
France en 2002 avec un
visa d'étudiante, est
nourrice non déclarée.
Lila,
psychologue algérienne
venue rejoindre son
mari, a fait une demande
d'asile,
dans l'espoir que la
procédure soit plus
rapide qu'un
regroupement familial.
"En Algérie, dit-elle,
j'étais une princesse,
je ne pensais pas que la
vie
serait aussi dure ici,
que j'en serais réduite
à venir demander de
l'aide".
afp |