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CARGÈSE (Corse-du-Sud),
Le rite byzantin perdure
dans
le village de Cargèse,
en Corse-du-Sud, où la
communauté d'origine
grecque
fait venir des popes de
l'étranger pour célébrer
les liturgies.
En janvier, le père
Chrysostomos, 38 ans,
est venu de Suisse pour
bénir
l'eau et célébrer l'Epiphanie
devant une cinquantaine
de personnes, sur les
300 que compte la
paroisse de ce village
de la côte occidentale
de la Corse, à
40 km au nord d'Ajaccio.
La particularité de
Cargèse, un millier
d'habitants, est d'avoir
deux
églises, grecque et
latine, édifiées au XIXe
siècle, face à face.
Sur le parvis
ensoleillé, des parents
écoutent le pope grâce à
des hauts
parleurs sur l'église
Saint Spiridion,
l'unique église grecque
catholique de
Corse, tandis que leurs
enfants s'amusent.
"Si notre rite n'était
pas une particularité,
nous n'irions pas à
l'église", souligne
Aurélie, 28 ans.
Ses ancêtres et ceux des
"Grecs" de Cargèse ont
fui en 1676 leur village
de
Vitylo, dans la
presqu'île du Magne, au
sud du Péloponnèse, pour
échapper au
joug turc.
La République de Gênes,
qui possédait alors la
Corse, leur a donné
refuge à
Paomia, village proche
de Cargèse, la colonie
grecque reconnaissant en
échange
l'autorité du pape tout
en maintenant le rite
byzantin.
Quelques années plus
tard, en conflit avec
les insulaires, les
Grecs se sont installés
à Ajaccio.
Ce n'est qu'en 1775
qu'ils s'établissent à
Cargèse où le gouverneur
français
de l'île leur a fait
construire des maisons.
Depuis le départ à la
retraite du père Florent
en 2006, la communauté
grecque n'a plus de pope
pour célébrer les
liturgies.
Les paroissiens
s'adaptent au calendrier
religieux en fonction de
la disponibilité des
trois
popes rattachés au
village. Ils paient
leurs déplacements,
environ six par an.
Les fêtes sont ainsi
parfois célébrées en
avance ou après la date
officielle.
"La fête des morts a
lieu normalement
quarante jours avant
Pâques et
correspond à l'entrée en
carême.
Nous sommes un peu en
avance", expliquait le
24 janvier Marie-Louise
Zanetacci, une
paroissienne très
impliquée dans la vie
de la communauté.
Les mariages et les
baptêmes sont célébrés
lors du passage d'un
pope, mais
pour les enterrements
les choses se
compliquent.
"Certains souhaitent
passer dans leur église
(avant d'être inhumés).
Nous
faisons venir un pope ou
bien c'est un prêtre
d'ici qui donne la
bénédiction
et nous lui répondons en
grec", dit Mme Zanetacci.
Pendant son séjour d'une
dizaine de jours, le
père Chrysostomos a béni
les
maisons, rencontré les
fidèles, conseillé la
chorale.
Sa maigre silhouette
sous une chasuble noire,
ses lunettes rondes et
sa
barbe noire hirsute sont
devenues familières dans
le village. Ce pope
itinérant polyglotte, de
père crétois et de mère
allemande, dépend d'un
monastère au Liban et se
partage entre la Suisse,
l'Ukraine, la Belgique
et la Corse.
"Il y a une quarantaine
d'années, les Grecs
avaient oublié leurs
ancêtres.
Un pope d'origine
magnotte (de la
presqu'île du Magne) a
réveillé le village",
se souvient Michel
Stephanopoli de Commène.
A 90 ans, il se réjouit
de
constater que l'absence
de "papas n'a pas
diminué l'enthousiasme
des Grecs de
Cargèse pour la Grèce et
pour le rite, au
contraire".
Une association s'occupe
des festivités du
calendrier liturgique:
Pâques,
fête de la Croix, en
septembre, Saint
Spiridion (12 décembre).
Des voyages en
Grèce sont également
organisés.
A Cargèse, les
patronymes Dragacci,
Frimigacci, Garidacci,
Voglimacci,
Zanetacci sont d'origine
grecque, leur
terminaison initiale en
"akis" s'étant
transformée en "acci".
afp |