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LE CAIRE,
Indifférentes aux
efforts du pouvoir et de
certaines autorités
islamiques pour
restreindre l'usage du
voile intégral, des
étudiantes de
l'université du Caire
portant le niqab y
voient "une obligation
religieuse", qui les
protège de surcroît du
harcèlement.
"C'est essentiellement
pour éviter les
harcèlements dans la rue
et dans les
transports que je mets
un niqab", le voile noir
qui ne laisse paraître
que les
yeux, affirme Marwa
Mohamed, 19 ans, qui
étudie le droit et veut
être avocate.
Si les circonstances
changeaient, et si elle
n'était plus soumise à
ce
harcèlement, se
débarrasserait-elle de
son niqab?. La réponse
est négative.
"Le niqab me procure le
respect, les gens me
regardent d'un oeil
différent",
assure-t-elle.
Et d'ajouter avec un
sourire que l'on devine
dans ses yeux bordés de
khôl
et dans sa voix: "de
toutes façons, qu'est-ce
qui va changer? Le coût
de la
vie? Le chômage, ou
encore les prix
inabordables des
logements?".
"Tant que les jeunes
n'ont pas les moyens
financiers pour se
marier, les
harcèlements se
poursuivront", estime
l'étudiante.
Le hijab, voile qui
couvre la tête et le cou
mais laisse apparaître
le
visage, est généralement
décrit par les oulémas
musulmans comme un
devoir
religieux pour les
femmes. Ce n'est pas le
cas du niqab, que de
hautes
autorités religieuses
égyptiennes ne voient
pas comme une
obligation.
L'imam de la
prestigieuse institution
sunnite d'Al-Azhar,
cheikh Mohammed
Sayyed Tantaoui, avait
déclenché un vif débat
en octobre dernier en
déclarant
que "le niqab n'est
qu'une tradition" qui
n'a "pas de lien avec la
religion".
Mais ces étudiantes se
disent convaincues de se
conformer à un précepte
intangible et répètent
ce qui semble être
devenu leur slogan:
"Bien sûr, le
niqab est une
obligation".
"Surtout dans les
périodes, comme celle
que nous vivons
actuellement, où le
harcèlement sexuel est
devenu courant",
s'efforce d'expliquer
Aya, une
étudiante en littérature
arabe de 18 ans, qui
porte le niqab depuis
trois mois.
La justice égyptienne
vient de donner gain de
cause à ces étudiantes
en
suspendant les décisions
de plusieurs universités
-y compris celle
dépendant
d'Al-Azhar- interdisant
ou restreignant le port
du voile lors des
examens ou
dans les cités
universitaires.
Le pouvoir ainsi que
certains milieux
religieux s'inquiètent
de voir le
niqab refléter la
progression d'un islam
intégriste d'inspiration
salafiste,
dans une société déjà
très conservatrice.
Des raisons d'ordre
public sont aussi
avancées: risque de
fraude sur
l'identité de la
personne, de tricherie
aux examens, problèmes
d'identification
d'auteurs de vols etc.
Certains responsables
universitaires avaient
même repris l'argument
de la
protection de la pudeur,
en affirmant que des
hommes cherchaient à
s'introduire dans les
résidences des
étudiantes en portant un
niqab.
Mais pour ces jeunes
étudiantes, le pouvoir
cherche, en voulant
restreindre
l'usage du niqab, à
donner une image
irréelle du pays.
"Le gouvernement veut
interdire le port du
voile pour imiter les
Américains
et les étrangers, pour
dire que l'Egypte est un
pays moderne et
développé
comme si du jour au
lendemain nous allions
devenir les Etats-Unis
d'Egypte",
lance Fatma Nasser, de
la faculté des Lettres.
La tenue stricte de
Leila Mahmoud, 18 ans,
qui fait des études de
langue
arabe, ne l'empêche pas
de rêver d'un avenir
professionnel.
"Une diplômée portant le
niqab peut-elle être
acceptée comme
journaliste?",
demande-t-elle. Et de
répondre d'elle-même:
"C'est sans doute
difficile".
afp |