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Pour les enfants de "boche", la guerre n'est pas finie

Par Hervé CLERC

 

NICE, Jean-Jacques Delorme, paisible retraité de la poste installé à Menton, doit assumer un passé singulier: né en 1944 d'un père qui servait dans la Wehrmacht et d'une mère française, il est un de ceux que l'on appelait les fils de "boche", dont beaucoup souffrent encore des cicatrices de la guerre.

"Il y en a certains qui vivent à peu près normalement comme moi. D'autres ont besoin d'anti-dépresseurs et de cures de sommeil, d'autres se sont carrément suicidés", dit M. Delorme, qui préside l'association "Coeurs sans Frontières", dont le but est d'aider de diverses façons "les enfants de la guerre".

L'historien Fabrice Virgili, auteur de "Naître ennemi", chiffre à 100.000 les personnes nées d'un père occupant allemand et d'une mère française. Depuis une dérogation à la loi allemande de naturalisation datant d'avril 2009, ces personnes peuvent dorénavant accéder à la nationalité allemande.

Selon l'ambassade d'Allemagne, 18 Français ont obtenu le certificat de nationalité allemande, dont M. Delorme, le mois dernier, au terme d'une enquête sur ses origines dont il dit aujourd'hui qu'elle a occupé toute sa vie.

A l'école, le petit garçon se fait traiter de "fils de boche", sans comprendre la signification du mot. Alors que sa mère est condamné à un an de prison et cinq ans d'indignité nationale pour "collaboration horizontale", il est confié à la garde de sa grand-mère. Progressivement le doute s'installe.

A 22 ans, à la table familiale, il demande : "qui est mon père?". Un ange passe. Sa grand-mère l'emmène dans une chambre, ouvre une vieille armoire normande dont elle sort une enveloppe jaunie: à l'intérieur des photos d'un soldat allemand. "J'ai compris tout de suite pourquoi il y avait eu cette omerta sur mon histoire.

Tout m'a semblé cohérent. J'étais très content parce qu'enfin mon père avait un visage", dit M. Delorme. Son père s'appelle Hans Hoffmann. Il était violoniste dans l'orchestre du dernier commandant de la place de Paris Dietrich von Choltitz. Commence alors une longue quête pour retrouver ce père disparu.

Après avoir suivi une multitude de pistes, il retrouve sa trace grâce aux archives de la
Wehrmacht (WASt), qui comprennent 18 millions de fiches (dont 5.000 au nom de
Hans Hoffmann).  

Hans Hoffmann, qui n'a jamais été nazi, est mort en 1945 lors d'un combat
avec les Américains près d'Ulm. M. Delorme retrouve son demi-frère et sa demi-soeur, Dieter et Annegret, à Mayence. "Dieter avait deux embouts de trompette sur une étagère. Il m'en a donné un. Il m'a fait comprendre par ce geste que dorénavant nous étions frères".

Soixante ans après la fin de la guerre, les "enfants de boche" sont toujours confrontés à des réactions hostiles : "A chaque fois que j'ai révélé mon origine, les réactions ont été immédiates et toujours les mêmes: une distance s'installait. La confiance n'était plus là".
Pour trouver la sérénité, il faut "assumer pleinement le passé", déclare M. Delorme.

"Beaucoup de gens ont une trouille énorme de découvrir que leur père était un  nazi. A ces gens, je dis : ++nous ne sommes pas responsables de nos parents++". Les consulats allemands traitent actuellement une soixantaine de dossiers de demande de naturalisation.

M. Delorme s'étonne de ce petit nombre, l'attribuant soit à la complexité du dossier à remplir (partiellement en allemand), ou au fait qu'un grand nombre d'enfants de "boches" n'ont jamais retrouvé leur père.

afp

 

 

 

 

 
 
   
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