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A 82 ans,
et après avoir passé six semaines dans le coma, suite à une
hémorragie cérébrale, le cinéaste égyptien Youcef Chahine
est mort à l’aube du dimanche 27 Juillet, à L’hôpital
militaire d’el «Maadi » dans la banlieue du Caire.
Un
homme, une vie et des principes
Né le 25 janvier 1926 dans l'Alexandrie cosmopolite, Le
cinéaste était marié à une Française, Colette. Il n’avait
pas d’enfants.
Youssef
Chahine n'a cessé, en une quarantaine de films, d'imprimer
sa mémoire et ses idées de gauche et anti-islamistes. Il
était notamment opposé au régime de l'actuel président
égyptien, Hosni Moubarak, ainsi qu'aux islamistes. "Le
destin", film réalisé en 1997 et inspiré de la vie du
philosophe arabe Averroès, avait notamment déclenché la
colère et la censure des intégristes égyptiens.
Youssef
Chahine, qui, à 21 ans, a étudié le cinéma à Pasadena, en
Californie, voulait être acteur. "Mais il s'est aperçu
qu'il bégayait un peu et n'était pas si beau, alors il s'est
dit : je vais jouer à travers d'autres", a raconté Omar
Charif, acteur découvert par le réalisateur. Son premier
film Papa Amin en 1950, suivi d’une succession de longs
métrages dont les plus notoires sont Ciel d’enfer (1954),
Gare centrale (1958) et Le Moineau coproduit avec l’Algérie
en 1972.
Ce que
nos réalisateurs algériens disent du Grand « Chahine »
« C’est
l’un des piliers de la cinémathèque », assure le réalisateur
Amar Laskri.
Pour
Boudjemaâ Karèche,
père de la cinémathèque algérienne, Chahine a fait quelque
chose d’extraordinaire dans son domaine où il est très à
l’aise. Il a des relations particulières avec l’Algérie,
pays qu’il fréquente régulièrement et pour lequel il a un
faible. Pour son film, Le Retour de l’enfant prodigue,
réalisé en 1976, il avait pris comme premier assistant,
l’Algérien Farouk Beloufa qui, à l’occasion, a découvert le
monde arabe qui l’a fasciné. Farouk, juste après, va
réaliser Nehla, un chef-d’œuvre qui restera dans les annales
une œuvre majeure dans le cinéma arabe.
Le
réalisateur Lamine Merbah,
« il est
indéniable que Chahine reste un cinéaste de grande envergure
qui a marqué le cinéma arabe par sa riche filmographie.
L’Algérie l’a beaucoup aidé, à un moment où il en avait
grand besoin.
Et une longue et belle histoire d’amour entre lui et
l’Algérie
« J’y
viens tellement souvent que c’était inévitable d’en tomber
amoureux », disait l’artiste de mère gréco-romaine et de
père levantin. « J’adore l’Algérie avec son caractère
merveilleux, nerveux, violent et tout ce que vous voulez.
Seulement, quand on aime, on ne compte pas. C’est difficile
de chercher à savoir pourquoi. Quand je termine un film, la
première copie est toujours destinée à l’Algérie.»
« C’es
Ahmed Rachedi qui m’a tendu la main dans les moments
difficiles. Au moment où j’étais rejeté dans mon pays,
l’Algérie m’a recueilli et a relancé ma carrière. Je lui
suis profondément reconnaissant, car j’ai sauvé ma carrière
face à la bureaucratie de mon pays.»
Il
réalise le moineau, qui le coproduit avec l’Algérie en 1972
qui impute la défaite arabe de 1967 face à Israël à la
classe politique égyptienne sous Nasser. Ce film n’est pas
le premier contact avec l’Algérie, puisque Chahine avait
déjà fait un clin d’œil à la lutte de libération en
réalisant en 1958 Gamila, film dédié à la femme combattante
Djamila Bouhired.
L’Amoureux du septième art
Passionné
de son art et maitre de sa discipline, Chahine était une
véritable "école du cinéma égyptien", estime pour sa part le
critique de cinéma Kamal Ramzi. "Tous ceux qui ont travaillé
avec lui ont beaucoup appris de son style".
La
démocratie, la sexualité, le pouvoir, l’argent, pauvreté,
combat ouvrier et lutte d'indépendance, il s'empare de tout
le registre du cinéma engagé des années 50 et 60 pour faire
passer des messages politiques dans le genre du mélodrame
néo-réaliste. Quelques titres se distinguent, comme «Eaux
noires» (1956), avec Omar Charif, «Gare centrale» (1958), et
«La terre» (1969), chef-d'œuvre poétique et politique
consacré au monde paysan. Son soutien aux combattants de
l'indépendance algérienne dans «Djamila l'Algérienne»
(1958), va de pair avec la célébration du panarabisme en
vogue («Saladin», 1963).Des fresques politiques, inspirées
par l'idéologie nationaliste, s'enchaînent, comme «Le
moineau. Chahine s’est lancé dans le roman filmé de sa
jeunesse: «Alexandrie, pourquoi?» (1978, prix spécial du
jury à Berlin l'année suivante), «La mémoire» (1982),
«Alexandrie encore et toujours» (1989), qui formeront sa
trilogie autobiographique. Il avait obtenu en 1997 le prix
du cinquantième anniversaire du festival de Cannes pour
l'ensemble de son œuvre.
Une
légion d’honneur pour Youcef Chahine
Francophone et francophile, Youssef Chahine avait été
décoré de la Légion d’honneur française en novembre 2006.
A Paris, le président Nicolas Sarkozy lui a immédiatement
rendu hommage, saluant "un fervent défenseur de la liberté
d’expression et plus largement des libertés individuelles et
collectives.
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