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A 82
ANS, Youssef Chahine vient donc de livrer son dernier combat
contre la vie, contre la mort. Mais l’histoire lui ouvre une
porte béante vers la postérité. Avec lui, le monde arabe
tout entier perd un de ses fils les plus valeureux et les
plus créatifs. L’Algérie en particulier, gardera de lui le
souvenir d’un ami et d’un allié indéfectible. Parti à 20 ans
étudier le cinéma en Californie, il en est revenu avec deux
convictions rivées à l’esprit : utiliser dans la forme la
supériorité technique du cinéma américain et dans le fond,
rester fidèle aux valeurs populaires et aux engagements
politiques arabes.
Cette
combinaison magique lui a permis, après avoir fait connaître
Omar Charif et Faten Hamama, d’offrir au cinéma mondial le
film qui restera sans doute comme le plus achevé des films
arabes, “ Bab Al Hadid ”. Au moment où les arabes se
préparaient à défendre la Palestine spoliée, Chahine a mis
son art au service de la cause en réalisant le très beau “
Salah Eddine Al Ayoubi ”, en hommage à celui qui, jadis,
libéra El Quods, tout en prônant les règles de la
chevalerie. Nul ne peut oublier que c’est l’Algérie qui a
révélé Youssef Chahine au monde occidental. En 1968, la
cinémathèque algérienne avait rendu un hommage au jeune
Youssef Chahine en projetant à l’époque, l’ensemble de son
oeuvre dont sa dernière réalisation, “ Al Ardh ”, adaptée du
roman de Abderrahmane Cherkaoui.
Cette
rétrospective a été prêtée dans son intégralité à la
cinémathèque française avec, à la clé, une présentation de “
Al Ardh ” à l’UNESCO. C’était là le début de la
reconnaissance internationale pour Youssef Chahine et on
peut dire que cette reconnaissance est passée par Alger.
Chahine restera à jamais proche de l’Algérie et des
Algériens. Il faut dire qu’avant même qu’il vienne pour la
première fois en Algérie et alors que notre guerre de
libération n’était pas encore achevée, le jeune Chahine
décida de consacrer avec “ Djamila, l’Algérienne ” un film à
l’une de nos héroïnes nationales. En 1974, l’Algérie le
soutient en coproduisant “ Le Moineau ”, véritable cri de
révolte devant la défaite face à l’Etat d’Israël L’Algérie
l’accompagnera l’année suivante avec “ Le retour de l’enfant
prodigue ”, coréalisé par Farouk Beloufa et interprété par
Sid Ali Kouiret. En 1976, la télévision algérienne
coproduisait “ Alexandrie pourquoi ? ”, le premier d’une
série de films autobiographiques. Par la suite, il a fait
tourner les plus grands, comme Yosra ou Nour El Chérif.
Mais
ce n’est qu’en 1997 que le festival de Cannes lui accorde un
prix pour l’ensemble de son oeuvre. Jusqu’au bout et à plus
de 80 ans, Chahine s’est battu pour ses idées. Dans son
dernier long-métrage “ Le Chaos ”, coréalisé avec Khaled
Youssef en 2007, il mettait en effet, en image ses
convictions avec toujours autant de talent.
Avant
de retourner mourir dans son pays et auprès des siens, il
aura encore résisté plus d’un mois, dans ce qui restera son
ultime bataille pour un rêve arabe. L’Algérie pleure
aujourd’hui un grand ami et pense à sa famille, à sa femme
Colette et à son beau frère Gaby Khori. Qu’ils trouvent ici,
le témoignage de notre reconnaissance éternelle à celui qui
restera pour nous un exemple de loyauté, de droiture et de
fidélité à ses convictions.
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