|
Le syndicat de la presse marocaine dénonce le verdict
prononcé hier à Casablanca.
Trois
quotidiens marocains indépendants poursuivis pour
«diffamation» par le dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, ont
été condamnés, hier à Casablanca, à trois millions de
dirhams (270 000 euros) de dommages et intérêts. Ce jugement
a été vivement dénoncé par le Syndicat national de la presse
marocaine (SNPM), lors d'une manifestation de protestation
organisée après le procès face au tribunal de première
instance de Casablanca. Les trois journaux arabophones,
Al Jarida Al Oula, Al Ahdat Al Maghribia et Al
Massa étaient poursuivis dans des dossiers
distincts pour avoir «diffamé» Mouammar
Kadhafi dans des articles de presse.
La cour a condamné Ali Anouzla, directeur d'Al
Jarida Al Aoula, à une amende de 100 000 dirhams (9000
euros) ainsi qu'à des dommages et intérêts d'un million de
dirhams (90 000 euros) au profit du dirigeant libyen. Le
tribunal a infligé la même amende et les mêmes dommages et
intérêts à Mohamed Brini et Mokhtar Labzioui, directeur et
journaliste d'Al Ahdhat Al Maghribia, et à Youssef
Meskine et Rachid Nini, journaliste et directeur d'Al
Massa.
Le bureau de la «Fraternité arabe à Rabat» (ambassade de
Libye) avait récemment déposé des plaintes contre les cinq
journalistes après la publication d'articles «dénonçant
l'absence de démocratie en Libye et critiquant
Mouammar Kadhafi». Ce dernier réclamait aux trois
quotidiens des dommages et intérêts d'un montant total de 90
millions de dirhams (environ 8 millions d'euros) pour
«atteinte à la dignité d'un chef d'Etat».
Il s'agit d'un «verdict politique prononcé par une
justice non indépendante au profit du dictateur
libyen», a déclaré à l'AFP, Ali Anouzla. «Nous allons
interjeter appel mais cela ne nous empêchera pas de
continuer à critiquer le régime libyen.» Lors de la
manifestation organisée devant le tribunal, des
journalistes du SNPM ont brandi une banderole appelant la «justice
à défendre la liberté d'expression et à arrêter
les attaques destinées à museler la presse». Ils ont
également réclamé «l'arrêt des tentatives visant à
condamner à mort les journaux indépendants».
Les journalistes «respectent la loi, mais les
poursuites engagées contre nos cinq confrères, nous
imposent de demander la révision du code de la
presse, notamment la suppression des peines
d'emprisonnement», a déclaré Mustapha Znaïdi, membre du
bureau du SNPM. «Lors des précédents procès en
diffamation, les plaignants réclamaient des dommages
et intérêts évalués en milliers de dirhams, a-t-il
ajouté. Maintenant ils exigent des montants colossaux
chiffrés en millions de dirhams»
afp
|