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(TROIS QUESTIONS)
SYRTE (Libye), Les pays africains doivent, parmi tous
les conflits qui secouent le
continent, s'intéresser en priorité à la Somalie,
un pays trop longtemps
"abandonné" à son sort, a estimé le président de la
Commission de l'Union
africaine (UA) Jean Ping peu avant l'ouverture du sommet
de Syrte (Libye).
Q: De toutes les crises qui secouent actuellement le
continent africain, quelle est celle qui vous semble la plus
urgente à résoudre ?
R: La crise qui nous paraît aujourd'hui la plus aiguë est
celle de la
Somalie. D'abord parce qu'il
y a des affrontements violents et des armes qui circulent,
accentuant le risque de confrontations plus importantes et
le problème du terrorisme. Il y a aussi la piraterie
maritime qui est la conséquence de tous les autres
problèmes. La crise en Somalie concerne par ailleurs
d'autres pays de la sous-région. On accuse l'Erythrée, qui
se défend, et aussi des pays extérieurs à l'Afrique. En
Somalie même, il y a des éléments étrangers au continent qui
aideraient les insurgés.
La Somalie semble abandonnée de tous. C'est le seul pays au
monde qui,
depuis 18 ans, est sans Etat.
Nous sommes les seuls à pouvoir y intervenir, mais avec un
contingent de 4.000 hommes tandis qu'on estime le besoin à
8.000 soldats. Il doit y avoir des décisions concrètes lors
de ce sommet.
Le Burundi et l'Ouganda sont déjà sur place. Nous avons des
promesses de
contribution de troupes de la
part du Nigeria, du Sierra Leone et du Malawi.
Nous avons évité jusqu'ici
que des pays voisins interviennent dans ce conflit, par
crainte de le régionaliser.
Q: Mouammar Kadhafi veut profiter de ce sommet pour faire
avancer le projet
de gouvernement africain.
Est-ce vraiment une priorité pour l'Afrique?
R: C'est une étape importante dans le processus
d'intégration, dont la
décision revient aux chefs
d'Etats. Nous sommes dans un processus qui avance depuis sa
mise en place en 1999. Les chefs d'Etats s'étaient alors
entendus pour qu'à long terme l'objectif ultime soit la
création des Etats-Unis d'Afrique.
Les débats durant les trois derniers années ont porté sur le
rythme des
réformes. Il y en a certains
qui disent qu'il faut aller par étapes et d'autres qu'il
faut avancer beaucoup plus rapidement. Nous sommes arrivés
au moment où on doit prendre des décisions.
Q: L'UA a choisi l'agriculture comme thème officiel de ce
sommet. Doit-on
s'attendre à des résultats
concrets?
R: Ce thème sert surtout à sensibiliser les Etats sur
l'importance de
l'agriculture. La crise
alimentaire a ramené la question agricole au premier plan.
Nous avions mis en place en 2003 un plan demandant que 10%
des budgets nationaux soient consacrés au secteur agricole.
Mais ce plan n'a pas été mis en application. Des pays
pensent que l'Etat ne doit pas intervenir, d'autres estiment
que la nourriture arrive moins chère en l'important.
Tout ceci s'est avéré erroné et c'est une catastrophe que
nous avons
enregistrée. Les Etats
doivent intervenir aux côtés du secteur privé pour investir
dans l'agriculture, par exemple pour construire des pistes
ou aider à l'achat de semences et de fertilisants.
afp
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