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«Pour réussir, il faut faire ses preuves»
C’est dans la banlieue d’Alger qu’il voit le jour il y a 44
ans ; Mohamed Douhane entre dans la police en 1992.
Après une expérience dans un commissariat du Val-de-Marne,
il passe par différents postes avant de devenir commandant
de police. Il vient de publier un livre intitulé « les
tabous de la police », aux éditions Bourin. « J’avais déjà
été sollicité par des maisons d’éditions il y a quelques
années, mais je ne me sentais pas prêt à entamer cette
démarche. J’ai été contacté de nouveau il y a peu, et l’on
m’a convaincu de l’utilité de témoigner de mon travail de
policier. Après 17 années passées dans la police, j’ai
ressenti le besoin d’expliquer mon parcours.
Je voulais envoyer un message aux quelques centaines de
milliers de jeunes issus des quartiers populaires, pour leur
dire qu’avec de la motivation et du travail, on peut s’en
sortir en France. Je voulais prendre le contre-pied du
misérabilisme et de la victimisation qui est trop courante,
car cela ne permet pas aux gens d’avancer.
Je suis la preuve que lorsque l’on vient d’un quartier
populaire, après l’arrivée d’Algérie, issu d’une minorité
ethnique et d’une famille nombreuse aux moyens modestes, on
peut s’en sortir, pour peu que l’on ait eu une éducation.
C’est un témoignage optimiste à ces jeunes qui ne se sentent
pas Français : je veux leur dire, vous êtes Français, vous
faites partie de ce pays, mais si vous voulez réussir, il
faut que vous fassiez vos preuves », confie-t-il au journal
Métro.
Mohamed Douhane insiste sur le rôle important de l’école qui
peut éviter pour de nombreux adolescents les dérives
futures. « Je pense qu’à l’origine de l’échec scolaire, il y
a un déficit éducatif. Si aujourd’hui les bandes sont aussi
présentes dans certains quartiers populaires, c’est parce
que la bande est un peu la famille que ces jeunes n’ont pas
eu. Le défaut éducatif est le terreau favorable à
l’émergence de la délinquance.
La construction de l’être humain en temps que citoyen c’est
une mission qui relève de l’école », souligne-t-il. Etre
dans les services de l’ordre est un créneau qui ouvre les
yeux. « J’ai trouvé dans la Police un métier ou la routine
n’existait pas, ou l’on concilie la réflexion et l’action.
De plus, la Police est un poste d’observation de tous les
dysfonctionnements de la société. Au-delà de ça, je suis
quelqu’un qui aime servir l’autre. La France m’a accueilli,
je trouvais normal de rendre une parcelle de ce qu’elle m’a
donné », fait-il remarquer.
Dans son livre, Mohamed Douhane évoque des propositions pour
améliorer le fonctionnement de la police. « J’ai souhaité
dépasser le simple constat, et proposer des pistes qui
peuvent s’avérer efficaces pour tous. En cela, ces
propositions sont directement adressées aux hommes
politiques. Parmi les plus importantes, j’en retiendrais
cinq : alléger le formalisme procédural, car les policiers
passent trop de temps sur la forme au détriment du fond. Il
faut moins de paperasse et plus de temps consacré à
l’investigation. Ensuite, il faut réhabiliter la loi
anti-casseur.
Troisième point, au niveau de la prévention, il faut mieux
évaluer les dispositifs de prévention, et mieux établir les
subventions entre les associations. Ensuite, il faudrait
établir davantage de diversité dans la haute fonction
publique ; qui est souvent discréditée car déconnectée du
réel », estime-t-il. C’est tout un programme !
Zakaria Ferdi
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