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LA VALETTE, Ils sont 80 réfugiés, un peu empruntés
devant le ministre de
l'Immigration Eric Besson qui s'apprête à les accueillir
en France. Ils ne sont rien
par rapport aux 67.000 migrants qui ont traversé la
Méditerranée pour demander l'asile en Europe, pourtant leur
errance résume toutes les errances.
Ainsi Abdul Rashid, 22 ans, qui a quitté Mogadiscio en
janvier 2008 pour
fuir les dévastations de la
Somalie. Il a eu de la chance, son parcours a été assez
rapide: avec un groupe d'amis, ils ont gagné Djibouti puis,
finalement, la Libye. Il se souvient très exactement que le
passeur leur a demandé 2.680 dollars à chacun.
Des souffrances qu'ils ont traversées, il ne dit rien, juste
que ses
compagnons sont restés en
prison en Libye. Lui, il a payé une fois de plus, 850
dollars cette fois, pour traverser la mer avec 27 autres
migrants sur une petite embarcation. Trois jours, pour une
traversée de 300 km, avec comme unique point de mire
"l'Europe".
L'Europe, ce sera Malte avec, d'abord, la case "prison" -
que les Européens
baptisent pudiquement centre
de rétention - pendant 4 mois.
Ensuite, il obtient la
"protection" du gouvernement maltais (un statut légèrement
inférieur à celui de réfugié, selon la Convention de
Genève). En attendant un hypothétique job, le gouvernement
maltais lui a versé 130 euros par mois et la possibilité de
vivre dans un camp ouvert. Il est ravi d'avoir aujourd'hui
un avenir: avec 79 autres personnes, et leurs 20 enfants, il
va partir s'installer en France le 9 juillet. Grâce à
l'appui du gouvernement français, ils vont bénéficier d'un
logement, d'une aide financière, d'un permis de séjour - un
an renouvelable.
Autour de lui, d'autres réfugiés racontent leurs errances.
Plus longue
souvent, comme celle de
Touré, 34 ans, qui a quitté la Côte d'Ivoire il y a sept
ans. Lui aussi est arrivé en Libye et lui aussi a erré sur
le rivage en quête d'un passeur: 1.000 dollars pour se
retrouver à 235 sur une coquille de noix. Le voyage,
inhumain, a duré 3 jours et 4 nuits. D'autres encore
racontent sobrement leurs tribulations et l'espoir, ténu,
d'un avenir meilleur. Vendredi, à La Valette, le ministre
Eric Besson l'a promis: l'an prochain, la France
renouvellera cette opération en accueillant une centaine de
personnes. "Mais ce n'est pas un engagement pluriannuel",
a-t-il prévenu avant d'exhorter les autres Etats de l'UE à
"prendre leur part du fardeau".
L'an dernier, plus de 67.000 personnes ont traversé la
Méditerranée pour
demander l'asile en Europe,
plus de la moitié d'entre eux arrivant en Italie
et à Malte (400.000 habitants
sur 315km2). Depuis que l'Italie a repoussé, il y a quelques
semaines, des candidats à l'immigration vers les côtes
libyennes, le courant semble s'être quelque peu tari.
Le père Joseph Cassar, du Jesuit Refugee Service, qui opère
dans les trois
principaux camps de rétention
de l'archipel, hoche la tête: "les routes
peuvent bien changer, elles
sont toujours plus dangereuses. C'est comme l'eau, on ne
peut l'empêcher de couler....".
afp
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