Affaires Frêche et
Soumaré, petites phrases
assassines, poursuites
judiciaires... le ton du
débat politique s'est
durci à l'approche des
régionales, suscitant un
malaise dans tous les
partis où des voix
dénoncent une campagne
indigne, éloignée des
préoccupations des
électeurs.
"Une campagne doit se
positionner à un niveau
beaucoup plus élevé. Ces
campagnes au ras des
pâquerettes me font
vomir, que ce soit dans
un sens ou dans un
autre", a lancé mardi
Christian Estrosi
(Industrie).
Cette campagne, "je ne
l'aime pas beaucoup,
depuis le début", a
confié Chantal Jouanno (Ecologie),
déplorant "les petites
phrases" et
"l'agressivité" de part
et d'autre.
Pour François Bayrou (MoDem),
la campagne est "nulle"
et misérable" avec ses
"injures échangées" et
ses "mises en cause
personnelles".
"On ne s'intéresse pas
du tout aux régions, on
cherche uniquement à
cibler le côté personnel
des choses", a-t-il
regretté.
Même constat à gauche où
les socialistes
Jean-Paul Huchon et
Pierre Moscovici ont
dénoncé "une campagne de
caniveau" et le
communiste Pierre
Laurent "un concours de
boules puantes".
A l'origine de ce
malaise, des petites
phrases provocatrices
ont mis le feu au poudre
:
En Languedoc-Roussilon,
le président de région
Georges Frêche (DVG) a
provoqué un tremblement
de terre à gauche (58 PS
exclus) en évoquant "la
tronche pas catholique"
de Laurent Fabius.
Prolongement judiciaire
de cette affaire, des
socialistes pro-Frêche
ont saisi la justice
pour faire annuler la
liste d'Hélène Mandroux,
investie par la
direction du PS.
En Ile-de-France, deux
élus UMP du Val-d'Oise,
Francis Delattre et
Sébastien Meurant, ont
suscité indignation à
gauche et malaise à
droite en accusant le
chef de file
départemental du PS, Ali
Soumaré, d'être un
"multirécidiviste" sur
la base de condamnations
partiellement fausses.
M. Soumaré a porté
plainte
En réaction, Vincent
Peillon (PS) a évoqué
une condamnation des UMP
Patrick Devedjian et
Alain Madelin, datant de
1965. Les deux hommes
ont annoncé aussitôt des
poursuites.
Dans une autre querelle,
Michèle Sabban (PS) a
porté plainte contre
Axel Poniatowski (UMP)
qui l'a faussement mise
en cause dans une
affaire d'emplois
fictifs.
Dernière plaignante en
date, Valérie Pécresse a
attaqué en diffamation
le site Les inscrets.com
dirigé par un proche de
Roger karoutchi qui
avait dû lui laisser la
tête de liste UMP en
Ile-de-France.
D'autres petites phrases
assassines ont également
émaillé la campagne :
Daniel Cohn-Bendit
comparant le "frêchisme"
à "du Mussolini",
Dominique Bussereau
(Transports) assimilant
les ralliés du MoDem à
Ségolène Royal à des
"harkis" et le maire PS
d'Angoulême Philippe
Lavaud qualifiant les
jeunes UMP de "jeunesses
hitlériennes".
"Ces attaques sont dix
fois moins violentes
qu'à d'autres périodes
de la vie politique",
relativise le sociologue
des médias Dominique
Wolton qui voit dans ce
relâchement de la parole
une contagion d'internet
qui "a brisé la digue
privé-public".
"Certains pensent
maintenant qu'on peut
tout raconter, tout
mettre sur la place
publique", dit-il.
"C'est l'absence d'enjeu
fort et clair dans cette
élection qui a pour
conséquence de tirer le
débat vers le bas et de
le ramener à des
questions de personnes",
estime Brice Teinturier
(Sofres).
"L'angoisse des Français
n'est pas de savoir si
les socialistes vont
demain augmenter les
impôts, si les régions
vont servir de rempart à
la gestion socialiste.
Elle porte sur la crise,
la pauvreté, le
chômage", dit-il.
Et pour le politologue,
"chacun a intérêt à
éviter des controverses
sur ces enjeux
politiques majeurs".
afp |