|
PARIS, "Une olympiade
femelle serait
impratique,
inintéressante,
inesthétique et
incorrecte": face à
l'hostilité de Pierre de
Coubertin et d'autres,
les femmes se sont
battues pour s'imposer
dans le
sport, des "pionnières"
françaises à qui le
Musée national du sport
rend
aujourd'hui hommage.
L'exposition "Allez les
filles", qui s'ouvre
lundi, Journée
internationale
des femmes, jusqu'au 2
mai, "est un hommage à
ces sportives qui n'ont
cessé de
lutter pour la
reconnaissance de leurs
performances, donc de la
place de la
femme dans la société",
explique le musée.
Première "pionnière":
Alice Milliat
(1884-1957) et son
combat pour des jeux
Olympiques ouverts aux
femmes.
En 1896, les premiers JO
modernes à Athènes sont
réservés aux hommes.
Quatre ans plus tard, à
Paris, quelques femmes
sont acceptées mais dans
seulement deux sports:
le tennis et le golf.
Résultat: 22 femmes sur
997
inscrits.
Ce n'est pas suffisant
pour Alice Milliat qui
crée la Fédération
sportive
féminine internationale
et des Jeux féminins.
Mais Pierre de
Coubertin, initiateur
des JO modernes et
président du Comité
international olympique,
continue à s'opposer
farouchement à ce
mouvement.
"Une olympiade femelle
serait impratique,
inintéressante,
inesthétique et
incorrecte.
Le véritable héros
olympique est à mes yeux
l'adulte mâle
individuel. Les JO
doivent être réservés
aux hommes, le rôle des
femmes
devrait être avant tout
de couronner les
vainqueurs", dit-il à
l'époque.
Lenglen, Pérec, Manaudou...
Il faudra attendre sa
démission en 1925 pour
obtenir une véritable
avancée:
les femmes sont
acceptées aux JO
d'Amsterdam en 1928 dans
le sport phare,
l'athlétisme.
"Le CIO avait de moins
en moins de choix car
les femmes s'étaient
auto-organisées grâce à
des femmes comme Alice
Milliat et ça menaçait
de
concurrencer les
organisations
masculines.
Il a donc été obligé de
les
intégrer pour pouvoir
garder le contrôle",
explique Thierry Terret,
historien
du sport.
"Il y a deux façons par
lesquelles les femmes se
sont imposées: le combat
pour la parité, comme
Alice Milliat, et
concrètement en étant
championnes et
en s'imposant dans les
stades et sur les
pistes", continue Zeev
Gourarier,
directeur du Musée
national du sport.
L'exposition met ainsi
en lumière la championne
de tennis Suzanne
Lenglen,
avec sa robe en soie
dessinée spécialement
pour elle par le
couturier Jean
Patou et son "relève-jupe"
qui lui permettait
malgré tout de courir,
ou la
première aviatrice
pilote d'essai française
Jacqueline Auriol.
Des sportives plus
contemporaines ont
également offert
certains de leurs
souvenirs: les pointes
de Marie-José Pérec, le
casque de la cycliste
Jeannie
Longo, la tenue de
l'escrimeuse Laura
Flessel, le bonnet et le
maillot de bain
de Laure Manaudou...
"Cette exposition peut
paraître anodine",
relève M. Gourarier.
Mais "il
faut savoir que le sport
a joué un rôle dans
l'émancipation
féminine",
ajoute-t-il, rappelant
par exemple qu'au tout
début du 20e siècle,
c'est par
le sport que les femmes
sont autorisées pour la
première fois à porter
un
pantalon, la tenue étant
réservée exclusivement
aux cavalières ou aux
cyclistes.
afp |