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La
liberté de la presse régresse dans de nombreux pays du
monde. C’est l’un des enseignements qu’on peut tirer du
classement de la liberté de la presse établi par RSF pour
l’année 2008 et qui vient d’être rendu public ce mercredi 22
octobre 2008. Ainsi l’Algérie est classée à la 121ème
place, le Maroc est à la 122ème place, la Tunisie à la
143ème place, tandis que la Libye à la 160ème place. C’est
l’Islande qui est championne de ce classement, suivie du
Luxembourg et de la Norvège. La France arrive à la 35ème
place. Ce n’est pas la prospérité économique, mais la paix
qui garantit la liberté de la presse, estime RSF.
L’autre conclusion tirée de cette liste, où l’on trouve une
nouvelle fois en dernière place le "trio infernal"
Turkménistan (171e), Corée du Nord (172e), Erythrée (173e),
est que le comportement de la communauté internationale
envers des régimes autoritaires comme Cuba (169e) ou la
Chine (167e) n’est pas assez efficace pour donner des
résultats. "Le monde de l’après-11 septembre est désormais
clairement dessiné. Les grandes démocraties sont
déstabilisées et placées sur la défensive, grignotant peu à
peu l’espace des libertés. Les dictatures les plus
puissantes économiquement revendiquent leur autoritarisme
avec arrogance, profitant des divisions de la communauté
internationale et des ravages des guerres menées au nom de
la lutte contre le terrorisme. Les tabous religieux ou
politiques s’imposent chaque année davantage à des pays qui
avançaient auparavant sur la voie de la liberté", affirme
également Reporters sans frontières.
La
liste établie pour la période allant du 1er septembre 2007
au 1er septembre 2008 met non seulement en évidence la place
prééminente occupée par les pays européens (les 20 premières
places sont tenues par les pays de l’espace européen, à
l’exception de la Nouvelle-Zélande et du Canada), mais
également la position très honorable de certains pays
d’Amérique centrale et des Caraïbes. En effet, en 21e et 22e
positions, la Jamaïque et le Costa Rica côtoient la Hongrie
(23e), à quelques positions devant le Surinam (26e) ou
Trinidad et Tobago (27e).
Ces
petits pays caribéens se classent même bien mieux que la
France (35e), qui recule encore cette année en perdant
quatre places, ou que l’Espagne (36e) et l’Italie (44e),
deux pays toujours plombés par la violence mafieuse ou
politique. Selon les critères retenus pour ce classement, il
ne manque qu’un point à la Namibie (23e), un grand pays
pacifié d’Afrique australe, qui se classe cette année en
tête des pays africains devant le Ghana (31e), pour entrer
dans le peloton des vingt pays les mieux classés. Faute
d’avoir apporté une solution à leurs graves problèmes
politiques, les pays engagés dans des conflits d’une grande
violence, comme l’Irak (158e), le Pakistan (152e),
l’Afghanistan (156e) ou la Somalie (153e), restent des
"zones noires" de la presse.
Assassinats, kidnappings, arrestations arbitraires et
menaces de mort sont le lot quotidien de journalistes qui,
en plus d’être pris sous le feu des belligérants, sont
souvent accusés d’être partisans.
L’autre maladie qui ronge les démocraties et leur fait
perdre du terrain dans ce classement, fait remarquer RSF,
est la corruption. Le mauvais exemple de la Bulgarie (59e),
toujours lanterne rouge de l’Europe, rappelle que le
suffrage universel, le pluralisme des médias et quelques
garanties constitutionnelles ne sont pas des critères
suffisants pour parler valablement de liberté de la presse.
Encore faut-il que le climat soit favorable à la circulation
de l’information et à l’expression des opinions.
Les
tensions sociales et politiques au Pérou (108e) ou au Kenya
(97e), la politisation des médias, comme à Madagascar (94e)
ou en Bolivie (115e), ou encore les violences dont sont
victimes les journalistes d’investigation au Brésil (82e),
sont l’illustration de ce poison qui gangrène les
démocraties émergentes. Et le fait que ceux qui, dans une
totale impunité, enfreignent la loi pour s’enrichir, et
punissent les journalistes "trop curieux", est un fléau qui
maintient plusieurs "grands pays" à des positions honteuses
(le Nigeria est 131e, le Mexique, 140e, l’Inde 118e).
Dans
le "ventre mou" du classement se trouvent également des pays
hésitant entre répression et libéralisation, où les tabous
restent inviolables. Ainsi, au Gabon (110e), au Cameroun
(129e), au Maroc (122e), à Oman (123e), au Cambodge (126e),
en Jordanie (128e) ou en Malaisie (132e), par exemple,
évoquer la personne présidentielle ou royale, son entourage
et ses éventuelles turpitudes sont des interdits absolus. |