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Inconsciemment occultée de la mémoire collective,
volontairement étouffée par les autorités
politico-administratives, la sanglante manifestation du 17
octobre 1961 refait surface grâce à cette minutieuse
reconstitution des faits. A cette occasion, Maître Ali
HAROUN et l'historien français Jean Luc EINAUDI était un
invités par le centre Culturel Algérien pour débattre et
porter leurs témoignages.
Maître
ALI-HAROUN Avocat, a exercé de multiples responsabilités
pendant la guerre d'Algérie notamment à la tête de la
Fédération de France du FLN et au début de l'indépendance
en tant que député à la Constituante. Il quitte la scène
politique fin 1963 pour rejoindre son cabinet où, presque
trente ans plus tard (en 1991), Sid Ahmed Ghozali était venu
le chercher pour lui confier le poste de ministre des Droits
de l'Homme. Jean-Luc EINAUDI, est écrivain, chercheur et
historien français.
Sur
les circonstances et les préparations de cette
manifestation, Maître Ali HAROUN, racontait que les
familles entières étaient invitées à y participer et les
directives sont de préserver impérativement une action
pacifique quel que soit le comportement de la police. Le FLN
était conscient que les attentats des mois précédents sont
d'un très mauvais effet dans l'opinion et, depuis le 5
octobre, ordre a été donné de cesser toute action violente.
Tout un plan d'actions est prévu : le 18 octobre, une autre
manifestation et une grève des commerçants, Le 20, une
manifestation des femmes pour demander la libération de
leurs maris emprisonnés.
Il
était question ensuite d'élargir l'action à la province.
Mais ce qui n'est pas prévu, c'est le caractère
extraordinairement sauvage de la répression qui était
atroce: Plusieurs dizaines de morts cette nuit-là et les
jours suivants...
Le
communiqué officiel de la préfecture de police ne fera état
que de deux morts.
Jean
Luc EINAUDI, et en partant des témoignages et des recherches
qu'il a effectuées a rappelé la répression extrêmement
violente des manifestations du mois de mai 1950. Mais, avec
la guerre et avec l'arrivée de Maurice Papon à la tête de la
préfecture de police en mars 1958, ces comportements
s'intensifient. De grandes rafles de Nord-Africains ont lieu
fin août début septembre de la même année, et leurs victimes
sont enfermées au Vél' d'Hiv' de sinistre mémoire, ce qui
suscita des protestations, dont celle de Madeleine Riffaud
dans les colonnes de l'Humanité.
Les
rafles au faciès accompagnées de violences se banalisent,
jusqu'à devenir quotidiennes. En 1959, un camp est ouvert
dans le bois de Vincennes et bien rares sont les " Français
musulmans d'Algérie " qui n'y ont pas été conduits une fois
ou une autre. À tel point que les Algériens se déplacent
avec des journaux pour le cas où ils auraient à s'allonger
sur le ciment du camp… C'est de cette période que date le "
comité d'accueil ", pratique consistant à faire passer les
personnes arrêtées entre une double haie de policiers qui
les matraquent systématiquement. Les noyades n'ont pas été
inventées le 17 octobre, elles avaient été utilisées
auparavant, la torture elle-même se développe à Paris à
partir de la création en 1960 de la force auxiliaire de
police dont les tortionnaires exercent notamment dans des
hôtels des 13e et 18e arrondissements.
Jean
Luc ENAUIDI, parlait aussi de son livre" LA BATAILLE DE
PARIS : LE 17 OCTOBRE 1961, où il raconte l'histoire de ce
massacre perpétré en plein coeur de Paris, un massacre
oublié pendant des décennies, refoulé par la conscience
collective et étouffé par le gouvernement français. Le
dossier complet de l'une des pages les plus sombres de
l'histoire de la Ve République En rappelant aussi que "le
témoignages de certaines victimes, dont deux était
"présentes" au C C A constitue un matériau indispensable
pour l'histoire» et il insistait sur les archives
auxquelles il tenait "
" Il
faut d'abord que toutes les archives concernant la période
de la guerre d'Algérie soient recensées et consultables,
parce que si on dissimule des archives, le problème reste
entier. Ces archives doivent ensuite être mises à la
disposition des chercheurs, sans qu'il y ait de sélection
parmi eux à partir de je ne sais quels critères. Il faut que
la liberté de recherche soit entière."
Par le
biais de témoignages des acteurs du drame, on avait
découvert ainsi avec horreur comment une manifestation
d'Algériens venus protester contre l'instauration du
couvre-feu a été violemment réprimée par les forces de
l'ordre parisiennes dirigées par le tristement célèbre
Maurice Papon.
N.B/
Vel d'Hiv /
Le
vélodrome d'Hiver de Paris a été érigé en 1909 et détruit en
1959. On l'appelait familièrement le Vél' d'Hiv' |