|
PARIS, "On s'est dit : maintenant, c'est quitte ou
double, ça ne sert à rien de
se terrer encore", explique Oumar, un Mauritanien
de 32 ans qui occupe depuis
lundi avec 200 à 300 autres sans-papiers une
agence d'intérim parisienne,
rue de Rome, pour demander une régularisation
générale.
Dans le hall d'entrée et l'escalier menant au premier étage,
seul un
passage permet de circuler au
milieu de cette petite foule exclusivement
masculine et africaine. A
l'appel de leur nom, certains montent s'enregistrer
comme grévistes auprès de
deux permanentes de la fédération CGT du travail
intérimaire qui encadre le
mouvement.
Arrivé en France en 2001, Oumar, "réfugié politique et
travailleur",
explique avoir été "invité à
quitter la France avant 2003". Mais il est resté
et a toujours travaillé
clandestinement "sans problèmes" dans le secteur
automobile comme intérimaire.
Il demande "une
régularisation de tout le monde", et non au coup par coup
selon le type d'emploi
occupé. "Sarkozy ne
peut pas appliquer sa politique des charters pour des
raisons économiques:
les Africains occupent des emplois pénibles - BTP,
restauration
collective, nettoyage - que les Français ne veulent pas",
dit-il.
Sacs de couchage et claquettes sont rangés contre le mur.
Pendant qu'un
gréviste s'agenouille pour la
prière sur la moquette, d'autres font une
toilette sommaire. Un
militant CGT lit en riant un passage de l'assignation en
référé au TGI de Paris à la
demande de l'agence d'interim occupée. L'huissier
y a noté que "plus de 95% des
personnes (présentes) sont de race noire".
Doucouré, Malien de 36 ans, en France et sans papiers
"depuis 10-11 ans"
raconte son quotidien de
boiseur dans le BTP. "Tu te caches, mais tu cotises
et tu ne bénéficies de rien,
et les employeurs en profitent".
"On parle français, on a des
qualifications BTP mais on est souvent payé
comme manœuvre à 3 ou 400
euros la semaine, alors que des types
inexpérimentés qui débarquent
du Portugal et ne parlent pas la langue se font
6 ou 700 euros",
dénonce-t-il. "Il y a
toujours des heures supplémentaires qui ne sont pas sur la
fiche de paye. Une
fois, j'ai gueulé, réclamé, j'ai eu trois jours de mise à
pied pour +dégradation
de matériel+, raconte Abdoulaye, 24 ans, intérimaire en
logistique.
Tous ici ont vécu ce type d'expériences et disent
aujourd'hui leur
détermination à arracher le
droit à des papiers, malgré les risques encourus
en cas d'intervention
policière. Cinq
agences d'interim sont occupées pacifiquement depuis lundi,
dont trois près de la
gare Saint-Lazare, et plus de 1.700 salariés sans papiers
sont en grève en
Ile-de-France.
Ils ont le soutien d'un front syndical et associatif
élargi qui dénonce notamment
"l'arbitraire préfectoral" dans l'examen des
dossiers de régularisation
par le travail. Rue de
Rome, patiemment, les deux permanentes de la CGT vérifient
qu'adresses et photos
correspondent, appellent au besoin un interprète parlant
Sarakolé.
Les cartes de grévistes qu'elles distribuent sont
estampillées "mouvement
des travailleurs sans
papiers. Acte II". "L'acte I, c'était en 2008, on a
occupé trois agences, avec
une vingtaine de sans-papiers dans chacune. Là, le
mouvement est beaucoup plus
fort, explique André Fadda avant de partir avec un
petit groupe, bannière CGT en
tête, pour occuper une sixième agence d'interim
dans le quartier.
afp
|