|
BORDEAUX, "Nos enfants pourraient faire la même chose":
pour éviter le cliché et
permettre aux spectateurs perplexes d'appréhender les
oeuvres d'art contemporain
disséminées dans Bordeaux pour Evento, des
médiateurs décodent pour le
public la démarche des artistes.
Emballés par la passerelle de bois surplombant la Garonne (Tadashi
Kawamata), déconcertés par
une branche et des pneus en bronze (Fernando
Sanchez Castillo), les
spectateurs du "nouveau rendez-vous artistique et
urbain" de Bordeaux disposent
d'une escouade d'une quarantaine de médiateurs -
badge rouge, brassard blanc -
postés à proximité des installations et chargés
d'en éclairer le sens,
l'esprit ou... le prix.
"L'art est souvent élitiste,
réservé à des initiés qui ont les codes.
C'est
bien qu'il y ait des gens qui
décryptent pour aider à critiquer et à juger",
estime Marie Soenen, 26 ans,
toutefois perplexe devant un tronc d'arbre
ébranché fiché dans une
pelouse (Oscar Tuazon).
Surtout, "ça évite les
clichés comme: +Nos enfants pourraient faire la même
chose+", ajoute-t-elle. En
même temps, "l'art est subjectif" et il faut
prendre garde à "laisser
libre cours à l'interprétation personnelle".
Evento est une biennale d'art contemporain et urbain
entièrement gratuite,
qui réunit jusqu'au 18
octobre une trentaine d'oeuvres itinérantes, produites
par des artistes de toutes
disciplines venus d'une quinzaine de pays.
Clou de l'événement, la
passerelle Kawamata.
Sous le soleil de cette
mi-octobre, de nombreux
flâneurs grimpent sur la demi-arche dominant la
Garonne, sans forcément
savoir qu'ils piétinent une oeuvre d'art.
A ses pieds, une des huit
encadrants recrutés pour former les médiateurs,
Shantala Lescot, volubile
étudiante en art de 23 ans, reconnaît que l'art
contemporain est "difficile
d'accès". "L'objectif, c'est de toucher tous les
publics, qu'on en parle",
poursuit-elle. En
l'occurrence, elle vient d'interpeller un petit groupe,
accompagné d'une guide
de l'Office de tourisme, ravie de ce "complément" apporté à
sa visite.
Rapidement, la conversation s'oriente sur la technique
employée pour bâtir
ce petit pont de bois plutôt
que sur son sens artistique, avant de dériver
vers la politique culturelle
de la ville ou le mépris de certains promeneurs.
"J'ai l'habitude. Parmi les
premières remarques négatives, il y a les sous.
Ensuite, à quoi ça sert,
qu'est-ce que ça veut dire", détaille Melle Lescot,
qui a préparé ses équipes à
ces interrogations récurrentes.
Une de ses ouailles, Jean Biardeau, 21 ans, étudiant en
commerce de l'art
et action culturelle,
enchaîne: "Quand nous livrons sans blabla des
explications sur des oeuvres
a priori hermétiques, les gens sont tout de suite
plus aimables".
Membre du groupe de la guide
de l'Office de tourisme, Véronique Dupré,
venue en voisine de
Saint-Médard-en-Jalles (Gironde), est quant à elle aussi
aimable qu'enthousiaste.
"C'est sympa d'avoir le contact avec vous pour savoir
l'état d'esprit de l'artiste.
Les explications nous permettent de dire qu'on
aime bien ou pas",
explique-t-elle à Shantala Lescot.
Un commentaire qui réjouira
Didier Fiuza Faustino, commissaire général de
l'événement. "On peut
expliquer l'art, sans textes compliqués. Et quand le
spectateur a les clés, il
accepte de se laisser porter par la poésie de
l'oeuvre", résume l'artiste
et architecte.
afp
|