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Par
Etienne FONTAINE
PARIS,
Le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, qui
requerra mardi dans le procès
Clearstream, est un fin juriste, expert des
affaires financières, qui
incarne un pouvoir accru et parfois contesté du
parquet dans la procédure
pénale.
Depuis
le début du procès, Jean-Claude Marin est le seul des deux
représentants du ministère
public à cuisiner Dominique de Villepin et il lui
reviendra mardi de requérir
contre l'ancien Premier ministre.
Lors
de ses interventions, le magistrat n'a pas hésité à se
montrer très
offensif à l'encontre de M.
de Villepin, voire agressif, afin de déstabiliser
le prévenu.
Des attaques souvent teintées
d'ironie, qui le 30 septembre ont fini par
exaspérer M. de Villepin.
Fusillant du regard le magistrat juché son estrade,
il est alors,
exceptionnellement, sorti de ses gonds, criant au procureur:
"trop, c'est trop !"
Décrit par ailleurs comme un
homme affable et à l'écoute, Jean-Claude Marin
est un passionné de droit,
aimant enseigner, comme c'est encore le cas à
l'université Dauphine.
"C'est un fin juriste et fin
stratège.
Il
analyse parfaitement les
procédures et sait anticiper
leur évolution", témoigne Edith Boizette qui l'a
longtemps côtoyé comme juge
d'instruction, quand il était aux commandes du
pôle financier de Paris.
Classé à droite et jugé
habile politique, le procureur de Paris a entamé sa
carrière au parquet du
tribunal de Pontoise (Val-d'Oise), en 1977.
Il
rejoint le parquet de Paris en 1988 dont il devient quelques
mois plus
tard chef de la section
financière, avant d'être nommé en janvier 1995
procureur adjoint de Paris.
Il s'implique fortement dans
la création du pôle financier en 1998, qui
regroupe alors une
cinquantaine de magistrats (parquet et instruction), rue
des Italiens (IXe
arrondissement), à l'écart du Palais de justice, et traite
les grandes affaires
politico-financières de l'époque (Elf, Crédit lyonnais,
Mnef...).
En
2002, il prend le poste stratégique de directeur des
affaires
criminelles et des grâces du
ministère de la Justice. A ce titre, il suit les
affaires les plus sensibles
et est également associé à la genèse des lois
Perben, notamment Perben II
qui renforcent le rôle du parquet.
Fin
2004, il prend le poste de procureur de Paris, incarnant ce
rôle plus
prégnant du parquet qui
multiplie les enquêtes préliminaires au détriment des
informations judiciaires
confiées au juges d'instruction.
Dans l'affaire Julien Dray,
M. Marin a innové en communiquant aux avocats
des parties le contenu de
l'enquête préliminaire, ce que ne prévoit pas la
loi, sollicitant leurs
observations.
"Je
suis réservé sur la procédure et son caractère équitable
mais sans
fermer la porte au dialogue
que le parquet souhaite ouvrir", confie l'avocat
de M. Dray, Me Léon-Lef
Forster. "J'ai toujours eu affaire à un homme avec qui
l'on peut discuter, ouvert,
excellent juriste qui sait aussi prendre position
et a ses convictions", ajoute
Me Forster qui connaît M. Marin depuis 35 ans.
Au
cours du procès Clearstream, le parquet a été mis en cause
par Me
Jean-Pierre Mignard, avocat
de parties civiles, qui lui a reproché d'avoir été
instrumentalisé par des
politiques soucieux, avant tout, de luttes de pouvoir.
Ses hésitations sur le rôle
de Dominique de Villepin, transparues au cours
de
l'instruction, lui ont aussi été reprochées.
Après
Clearstream, des rumeurs de palais le donnent déjà procureur
général
de Paris.
M. Marin, homme réservé à
l'humour distancié, est marié et père de trois
enfants.
afp
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