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BEIRA
(Mozambique), Des photos du président Armando
Guebuza et de ses opposants à
la présidentielle du 28 octobre au Mozamnique
ornent les murs défraîchis du
Grand hôtel du port de Beira, qui a vu en moins
de 50 ans sa clientèle de
riches colons portugais remplacée par des squatters
miséreux.
Mais
leurs slogans électoraux, riches en promesses de progrès,
prospérité
et changements, n'ont pas
grand chose à voir avec la vie des 3.500 "habitants"
de ce grand bâtiment,
ancienne gloire de Beira (centre).
"C'était très chic", se
souvient Joao Goncalves, qui se dit à la tête de
cette petite "ville-hôtel" et
s'improvise guide. Mais aujourd'hui, "c'est pratiquement une
ruine", souligne-t-il.
Déambulant dans les couloirs de cette structure art-déco, il
passe sans
prendre garde aux tas
d'ordures qui attirent les rats, et ignore un ivrogne
immobile sur le sol tandis
qu'une femme urine sur son balcon.
Imperturbable, Joao Goncalves
raconte l'épopée de cet hôtel de luxe qui est
tombé en ruines, comme la
plupart des bâtiments dans les anciennes colonies
portugaises, mais a gardé le
charme de sa splendeur passée.
Construit dans les années 50, le Grand hôtel a attiré
l'élite coloniale
africaine avec son décor
sophistiqué, sa piscine olympique et sa vue
imprenable sur l'océan
Indien. Cet
établissement, un des plus luxueux en Afrique, a rapidement
été pris dans les
affres de la guerre contre le Portugal en 1964, poussant les
propriétaires à abandonner
les lieux.
Dix
ans plus tard, un fois l'indépendance acquise, le Mozambique
s'engouffre dans un nouveau
conflit, une longue guerre civile qui a duré de
1976 à 1992. Un million de
Mozambicains ont fui leurs maisons et beaucoup
d'entre eux ont trouvé refuge
à Beira, la seconde ville du pays.
L'hôtel abandonné a alors été squatté. Parquets, lustres,
ascenseurs et
toute la somptueuse
décoration ont été arrachés pour être réutilisés ou
simplement vendus durant la
guerre. Aujourd'hui,
l'hôtel ressemble à un large vaisseau abandonné le long de
la plage, sans eau
courante ni électricité.
Les
habitants font leur lessive dans
l'eau stagnante de la
piscine, des arbres poussent sur les balcons où la
peinture blanche s'écaille.
"On doit être très prudent. Sur le toit, il y a une cage
d'ascenseur. Quand un
enfant tombe de là-haut, il meurt", lance Elisa Domingos,
une jeune mère de
famille.
Quatre
personnes ont trouvé la mort dans de telles circonstances
ces
dix dernières années, précise
M. Goncalves. Malgré
tout, la demande pour obtenir une chambre reste très forte.
L'hôtel affiche
complet 17 ans après la fin de la guerre civile. "Ce n'est
pas que les gens
veulent vivre ici, mais il n'ont pas d'argent", explique
tout simplement un des
résidents, John Mulobuana. "Le plus gros problème ici, c'est
le manque d'emplois.
Si
nous avions un
travail, on ne vivrait pas
dans ces conditions", renchérit un de ses
compagnons de galère, Arlindo
Culiale. La mairie
avait envisagé de rénover le Grand hôtel ou de le détruire
mais les deux
possibilités se sont avérées très coûteuses. Et chasser les
gens n'arrangera rien,
selon Licinio Azevedo, réalisateur en 2007 d'un documentaire
sur l'hôtel intitulé "Les
hôtes de la nuit".
"D'autres gens viendront squatter car le manque de logement
ici est criant",
prévient-il, tout en soulignant "la beauté humaine" du lieu.
afp
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