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BORDEAUX, Jean-François Janoueix cultive la vigne et
les vieilles pierres. Pour ce
viticulteur de Saint-Emilion, la restauration de
son pittoresque village de
vendangeurs était un devoir pour préserver le passé
mais aussi pour attirer le
touriste dans une atmosphère d'autrefois.
A
quelque 90 km de là, dans le Médoc, Jean-Michel Cazes,
convaincu depuis
ses débuts que "le tourisme
viticole est un atout", a reconstruit et
réhabilité de fond en comble
le hameau qui jouxte ses chais de Lynch-Bages.
Deux
septuagénaires, propriétaires de vastes domaines et
d'appellations
grand cru classé dans deux
régions phares du bordelais, deux hommes qui
affichent le même attachement
pour les vieilles maisons de vignerons en ont
entrepris la restauration,
avec des visions différentes, pour jouer la carte
de l'oenotourisme. Sur la
place pavée de Haut-Sarpe, près de Saint-Emilion, on a
conservé l'enseigne de
la Poste rurale et une vieille pancarte proclamant: "Au
revoir la vigne,
bonjour le vin".
A deux
pas, un tailleur de pierre travaille à la
réfection d'une façade.
"Le glouglou", la petite
boîte de nuit aménagée pour les vendangeurs, un
vaste réfectoire punaisé de
centaines de photos souvenirs, un gîte pour les
pèlerins sur la route de
Saint-Jacques de Compostelle, un moulin du XVIIIe
siècle, une future salle
d'exposition pour des artistes, peut-être une
brasserie, bientôt un four à
pain.
Une
dizaine de maisons vieilles de 200 à 300 ans, abandonnées
après la
deuxième guerre mondiale, ont
été restaurées aux frais de M. Janoueix. A
Haut-Sarpe, il y aura des
artistes, des touristes qui "aiment bien vivre".
"Ici, on manie le bon et le
beau", dit-il à l'AFP. "Je veux que le village
soit refait comme autrefois,
avec l'atmosphère d'antan".
"Les
grands châteaux se fichent de ces maisons modestes. Quand on
les
démolit, on gagne quelques
pieds de vigne mais nous perdons tout un pan du
passé", se désespère-t-il.
"Quand je vois Napa Valley (en Californie), on ne
s'est pas mis au diapason de
certains pays qui reçoivent des cars entiers de
touristes".
Jean-Michel Cazes aussi s'est
"inspiré il y a longtemps de la Napa Valley"
pour développer le tourisme
viticole dans son exploitation de Pauillac, dans
le Médoc.
Aujourd'hui, il reçoit 20.000 visiteurs par an et doit 20%
de son
chiffre d'affaires au
tourisme. Quand il a
repris la propriété familiale, en 1973, l'ex-ingénieur
informatique "ne connaissait
pas bien le vin mais parlait bien l'anglais". "Le
tourisme est un atout" pour
les grands châteaux, il faut que "l'image du vin
soit dépoussiérée", dit-il à
l'AFP.
Alors
quand son architecte lui a conseillé de raser le hameau de
son
enfance pour agrandir ses
chais, M. Cazes a décidé d'en faire "un lieu où l'on
arrive à faire venir des
touristes, où ils se retrouvent non pas dans une
réserve d'indiens mais où ils
rencontrent des locaux".
Bages
et sa boulangerie, Bages et son café, Bages et son bazar,
Bages et sa
future boucherie, tout autour
d'une jolie place entièrement reconstruite : une
douzaine de maisons désertées
ont été restaurées "pour faire venir des gens",
mais non plus à la manière de
Napa Valley, "devenue très commerciale".
Et
quand d'aucuns lui reprochent d'avoir reconstitué un
mini-Disneyland, il
ne sent pas offusqué. "C'est
une belle réussite, si j'avais autant de monde...
mais notre village n'est pas
seulement pour les touristes, c'est un lieu où
l'on vit".
afp
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