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Assise à l'embouchure du détroit de Gibraltar, Tanger a
suscité l’émoi des civilisations depuis la nuit des temps.
Aujourd’hui, forte d’un héritage multiculturel et d’un élan
de modernité sans précédent, ce sont les touristes qui
pourraient bien prendre d’assaut la forteresse marocaine.
Lorsque
les rayons du soleil subliment les couleurs la kasbah, on
comprend pourquoi Eugène Delacroix, Francis Bacon, Albert
Marquée et tant d'autres grands noms de la peinture ont un
jour souhaité y installer leur chevalet. Si à elle seule la
blancheur de la chaux suffit à créer un décor hors du temps,
les tonalités ocre, carmin, bleue océan et vert émeraude
renforcent l'intérêt du visiteur pour les façades crénelées,
les porches et les pas de maisons arrondis.
La
kasbah abrite entre autres curiosités le Mechouar, l’ancien
palais de Justice, et surtout Dar el-Makhzen, (palais du
Sultan), apprécié pour sa salle du trône, prisé pour sa
coupole verte, sa cour et son somptueux ryad.

Née
pour enchanter
La
découverte de Tanger se poursuit par le Grand Socco. Cerné
par l'église britannique Saint-Andrew, la mosquée Sidi
Bouabid et le cinéma Rif, ce forum est aussi appelé "Place
du 9 Avril". C'est ici, ce jour de l'année 1947, que le
futur Roi Mohammed V se prononça officiellement en faveur
d'un Maroc indépendant.
Orné de
palmiers, très fréquenté, le Grand Socco est le principal
accès à la médina. Franchissez alors Bab el Fahs puis Bab
Fendak Zraa, rue d'Italie, et remontez le temps.
Ouvrez
les yeux, imprégnez vous des couleurs, des odeurs d'épices,
de safran, d'olives et de maïs grillé, et laissez-vous aller
dans l'entrelacs de ruelles qui s'offre à vous.
Les
chariots et les porteurs de sacs de farine se frayent un
passage aux cris de "Andek, andek, belek, belek", des femmes
tendent des fils de soie d'un bout à l'autre d'une venelle
tandis que le muezin appelle à la prière. Les ambiances
contrastent et les visages apportent autant de chaleur que
le souffle du sirocco.
Sous les feux de la
rampe
Humaine
et accueillante, naturelle et idéalement située, Tanger a
soif de modernisation et de rayonnement. Dans le cadre du
plan gouvernemental intitulé "Vision 2010", qui promet dix
millions de visiteurs au Maroc à l’horizon 2010, la cité du
détroit bénéficie d’une promotion exceptionnelle.
Il y a
tout d'abord ces deux projets pharaoniques. Le port de
Tanger-Med, d'une part, inauguré l'an dernier, en cours
d'extension, résolu à briguer le titre de première
plateforme logistique aux portes de l'Europe. D’autre part,
il y a ce phénomène côté rail, avec l'ouverture en 2013 de
la première ligne TGV africaine, entre Tanger et Casablanca,
avant son prolongement annoncé jusqu'à Marrakech.
On
retiendra au registre culturel l'organisation par le Conseil
Régional du Tourisme d'évènements désormais renommés tels
que le Salon International du Livre (en mars), Tanjazz (en
mai), ou encore Les nuits de la Méditerranée (en juillet).

Révolution touristique
La ville
blanche ressent d'ores et déjà les conséquences de cette
mise en avant. L'aéroport Ibn Batouta ne désemplit plus. 27
000 passagers enregistrés par exemple en mars dernier,
contre 14 000 en mars 2007. Dans le même temps, le taux
d'occupation des chambres fait un bond de 16 %, du jamais vu
L'essor de la construction hôtelière, précisément, promet
d’être pantagruélique. Le parc devrait en effet passer de
7000 à 35 000 lits d'ici cinq ans. Dix-huit projets
alternant établissements haut de gamme et résidences
locatives sont à l'étude, depuis la côte atlantique jusqu'au
cap de Malabata, à l'Est. Souhaitons seulement que le
littoral et l'authenticité de la région ne soit pas
sacrifiés sur l'autel de la démesure.

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